{"id":572,"date":"2025-01-24T16:05:00","date_gmt":"2025-01-24T15:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/?p=572"},"modified":"2025-03-07T22:04:43","modified_gmt":"2025-03-07T21:04:43","slug":"israel-palestine-ne-pas-choisir-son-camp-1-shabbat-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/?p=572","title":{"rendered":"Isra\u00ebl\/Palestine, choisir son camp? #2 \u2014  Shabbat noir"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><i>Cette s\u00e9rie continue avec un extrait de \u00ab Shabbat noir \u00bb, le premier roman de Lisa Hazan. \u00ab Shabbat noir \u00bb, c\u2019est 24h dans la vie d\u2019une \u00e9tudiante franco-isra\u00e9lienne \u00e0 Paris. Une journ\u00e9e du 7 octobre parsem\u00e9es de r\u00e9flexions vives, les siennes et celles de ses proches. Vous pourrez lire ici, le chapitre 5 du roman. Lors d\u2019un un rendez-vous au caf\u00e9 entre amis, chacun \u00e9gr\u00e8ne les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es, et la sid\u00e9ration puis la rage qui monte devant un antis\u00e9mitisme criant. Car, \u00e9crit-elle, \u00ab Jusqu\u2019ici, aucun d\u2019entre nous ne savaient que les juifs \u00e9taient ha\u00efs \u00e0 ce point \u00bb.<\/i><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\" align=\"justify\">Chapitre 5: Le caf\u00e9<\/h4>\n<p align=\"justify\">\u00ab Tout le monde \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 : Th\u00e9o et Julie qui \u00e9tudiaient le cin\u00e9ma, L\u00e9a et Noam en lettres comme moi. On avait sympathis\u00e9 lors d\u2019une manifestation contre la r\u00e9forme des retraites \u2013 m\u00eame si je suis moins sensibles aux vieux, maintenant que je vois le monde qu\u2019ils nous laissent.<\/p>\n<p align=\"justify\">Julie \u00e9tait membre d\u2019un syndicat \u00e9tudiant d\u2019extr\u00eame gauche et voulait faire la r\u00e9volution. Elle militait comme si sa vie en d\u00e9pendait et peut-\u00eatre que sa vie en d\u00e9pendait vraiment, parce qu\u2019on ne lui laissait aucun avenir, seulement un monde de haine, de guerres, avec un climat qui se r\u00e9chauffait trop vite et des in\u00e9galit\u00e9s qui s\u2019accentuaient partout. Elle trouvait fou qu\u2019il y ait autant d\u2019injustices, que les hommes ne naissent pas r\u00e9ellement libres et \u00e9gaux en droits, que ce soit juste de jolis mots. Que sur la terre, qui nous appartenait \u00e0 tous, des gens se trouvaient ill\u00e9gaux \u00e0 cause de personnes un peu plus puissantes qui en avaient d\u00e9cid\u00e9 ainsi. Elle en avait marre de voir des homme dormir dans la rue, dans le froid, et qu\u2019on s\u2019y habitue, qu\u2019on s\u2019habitue \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9, qu\u2019on s\u2019habitue \u00e0 la haine, qu\u2019on s\u2019habitue \u00e0 la souffrance et qu\u2019on s\u2019en fiche au fond.<\/p>\n<p align=\"justify\">Elle avait m\u00eame peur d\u2019avoir des enfants. Elle en voulait, parce qu\u2019elle avait trop d\u2019amour \u00e0 donner, mais qu\u2019est-ce qu\u2019elle leur offrirait\u00a0? On courrait \u00e0 la catastrophe avec le r\u00e9chauffement climatique. La mont\u00e9e du fascisme, la guerre en Ukraine, les drames au Proche-Orient, que ce soit les Iraniens, les Syriens ou les Palestiniens \u2026 Elle militait beaucoup pour les Palestiniens. Elle r\u00eavait de les voir ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais aujourd\u2019hui, elle avait des proches en Isra\u00ebl, des proches peut-\u00eatre d\u00e9c\u00e9d\u00e9s et aucun camarade pour la soutenir, pour compatir, pour lui demander comment elle allait.<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, serif\">\u2012<\/span> Je n\u2019ai plus de nouvelles de mon oncle, elle a murmur\u00e9. On pense qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9\u2026 J\u2019ai voulu en parler \u00e0 des amis, je croyais que c\u2019\u00e9taient des gens de confiance\u2026 Ils m\u2019ont r\u00e9pondu que les juifs, on se victimisait toujours pour rien.<\/p>\n<p align=\"justify\">Sa voix tremblait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Th\u00e9o s\u2019est indign\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 Les gens sont inhumains\u00a0! J\u2019ai parl\u00e9 avec un copain de fac de l\u2019attaque du festival, il m\u2019a r\u00e9pondu que c\u2019\u00e9tait m\u00e9rit\u00e9\u2026 Que c\u2019\u00e9tait m\u00e9rit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 se lisait dans ses yeux, il \u00e9tait sid\u00e9r\u00e9 par ce manque d\u2019empathie. Jusqu\u2019ici aucun d\u2019entre nous ne savait que les juifs \u00e9taient ha\u00efs \u00e0 ce point.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 Je vais faire un film, il a d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il s\u2019est senti un peu mieux. Pour Th\u00e9o, le cin\u00e9ma, c\u2019\u00e9tait un moyen de composer avec la vie, de ne pas l\u2019affronter de plein fouet. Les malheurs, il les voyait arriver de loin et pouvait les aborder d\u2019un autre angle, zoomer la paix et flouer le reste. Il disait qu\u2019avec un bon objectif on trouvait de la joie m\u00eame dans la pire des peines.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 Si tu as besoin d\u2019un coup de main, a propos\u00e9 Julie, je suis b\u00e9n\u00e9vole.<\/p>\n<p align=\"justify\">Th\u00e9o l\u2019a remerci\u00e9e de la t\u00eate. Il a vid\u00e9 sa tasse de caf\u00e9 d\u2019un trait et il a souffl\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 C\u2019est fou tout de m\u00eame, tous ces \u00e9tudiants qui soutiennent le Hamas. S\u2019ils n\u2019ont pas de respect pour les juifs, qu\u2019ils en aient au moins pour la communaut\u00e9 LGBT ou pour les femmes. Il n\u2019aime personne le Hamas, pas m\u00eame les Palestiniens. Leur mot d\u2019ordre aujourd\u2019hui, c\u2019est de tuer le plus de juifs possible\u2026<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 Quand on est \u00e9tudiant en lettres, est intervenu Noam, on s\u2019identifie plus facilement \u00e0 des hippies d\u00e9fonc\u00e9s qui dansent \u00e0 une rave party qu\u2019\u00e0 des terroristes qui massacrent des gens et dansent sur les corps\u00a0! S\u2019ils \u00e9taient n\u00e9s en Isra\u00ebl, ils y seraient all\u00e9s, \u00e0 la rave party\u00a0!<\/p>\n<p align=\"justify\">Il s\u2019est mordu les l\u00e8vres comme s\u2019il se retenait de pleurer.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u00e9a ne participait pas \u00e0 la conversation. Les yeux baiss\u00e9s, elle se contentait de boire son caf\u00e9 \u00e0 petites gorg\u00e9es. Elle me jetait un coup d\u2019\u0153il de temps en temps parce que j\u2019\u00e9tais silencieuse aussi et que dans le silence on se comprenait. Tout allait tellement loin qu\u2019on n\u2019avait pas les mots. On sentait que quelque chose de grave se passait, qu\u2019on \u00e9tait \u00e0 un tournant, qu\u2019il y aurait un avant et un apr\u00e8s, et c\u2019\u00e9tait terrifiant.<\/p>\n<p align=\"justify\">Noam, dont le regard s\u2019\u00e9tait encore assombri, nous a regard\u00e9s longuement avec de dire\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 Aujourd\u2019hui, j\u2019ai envie de me couper du monde.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il a marqu\u00e9 une pause.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 Je vous le dis s\u00e9rieusement. J\u2019ai envie de me couper du monde, de m\u2019en \u00e9loigner, de l\u2019inhabiter. Je vous parle, mais j\u2019ai l\u2019impression que je ne suis pas vraiment l\u00e0, comme si j\u2019\u00e9tais mort du dedans et que je faisais juste semblant. Je n\u2019arrive pas \u00e0 penser, mon cerveau est dans le flou, dans le brouillard. Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas ce que j\u2019attends comme aide. Le monde est irrespirable et, pour survivre, j\u2019oublie de respirer. C\u2019est comme s\u2019il y avait une bulle, une barri\u00e8re entre les autres et moi, que je n\u2019avais plus le droit de vivre trop loin, d\u2019avoir mes propres sentiments et des pens\u00e9es qui soient les miennes. Je ne peux pas me permettre d\u2019\u00eatre moi. J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il faut que je cesse de m\u2019appartenir, que je cesse d\u2019\u00eatre l\u00e0\u2026 Qu\u2019il faut que je joue un r\u00f4le ou que je ne le joue pas, que je ne joue rien du tout, mais au moins que je me taise, que je cesse de crier ma peine, mon angoisse pour mes proches\u2026 Et que j\u2019ai besoin de soutien.<\/p>\n<p align=\"justify\">Sa voix a trembl\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 C\u2019est fou, hein. C\u2019est fou que la peine des juifs, elle soit \u00e0 ce point ind\u00e9cente. Qu\u2019elle soit toujours de trop. Qu\u2019elle soit toujours d\u00e9rangeante. On n\u2019aura le droit d\u2019exister que le jour o\u00f9 on aura tout d\u00e9truit de notre jud\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il a tripot\u00e9 sa tasse pour se donner une contenance. Julie lui a caress\u00e9 l\u2019\u00e9paule. Il y a eu un silence et on l\u2019a juste soutenu avec nos regards.<\/p>\n<p align=\"justify\">On venait de comprendre ce que \u00e7a voulait dire \u00eatre juif. Un juif, il n\u2019\u00e9tait jamais \u00e0 sa place nulle part, il \u00e9tait toujours de trop, peu importe l\u2019endroit, peu importe l\u2019environnement. M\u00eame aupr\u00e8s des jeunes qui \u00e9tudiaient la litt\u00e9rature ou le cin\u00e9ma, qui \u00e9taient plein de bons sentiments pour le monde entier, un juif restait un juif et il \u00e9tait ha\u00ef parce que juif. Ses drames r\u00e9jouissaient les autres, sa mort r\u00e9jouissaient les autres. Ou, dans le meilleur des cas, elle indiff\u00e9rait\u00a0; un juif de plus ou de moins dans le monde, \u00e7a ne changeait pas grand-chose \u00e0 la vie, c\u2019\u00e9tait accessoire, anecdotique. Les vies juives, dans le meilleur des cas, elles \u00e9taient anecdotiques. Il n\u2019y avait personne parmi nos camarades pour entendre notre peine, pour nous \u00e9couter. Et lorsqu\u2019on dirait plus tard \u00ab\u00a0J\u2019ai envie de mourir, je n\u2019en peux plus de ma jud\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb, m\u00eame les plus bienveillants r\u00e9pondraient \u00ab\u00a0A Gaza, c\u2019est pire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas que l\u2019antis\u00e9mitisme dans la vie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vous instrumentalisez l\u2019antis\u00e9mitisme. Vous ne parlez de votre peine \u00e0 vous que pour taire celle des Gazaouis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Alors on se tairait, on garderaient notre chagrin et notre envie de crever quelque part au fond de notre c\u0153ur, quelque part o\u00f9 personne ne pourrait les voir, parce que certains avaient d\u00e9cid\u00e9 que l\u2019humain n\u2019avait pas assez d\u2019empathie pour deux peuples, qu\u2019il fallait forc\u00e9ment choisir, et qu\u2019\u00e9voquer la douleur de l\u2019un c\u2019\u00e9tait nier la douleur de l\u2019autre. C\u2019est fou comme les antis\u00e9mites sont dou\u00e9s pour vous retourner le cerveau.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les juifs seraient dans une solitude compl\u00e8te. On aurait beau chercher une oreille, on n\u2019en trouverait aucune. On serait oblig\u00e9s d\u2019\u00eatre irr\u00e9prochables, n\u2019importe quelle parole de trop suffirait \u00e0 nous rendre ha\u00efssables. Un jour, je m\u2019\u00e9nerverais\u00a0: \u00ab\u00a0Je vais lui p\u00eater la gueule \u00e0 cet antis\u00e9mite de merde\u00a0!\u00a0\u00bb Et des camarades de classe se ligueraient contre moi. Quelle honte de menacer un antis\u00e9mite\u00a0! Ce n\u2019est pas parce que des gens nous ha\u00efssent qu\u2019on doit les ha\u00efr en retour\u00a0! Subir la haine en silence serait quand m\u00eame la moindre des choses.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ils n\u2019auraient pas un mot critique envers lui, ils se montreraient compr\u00e9hensifs, lui trouveraient des excuses. Mais nous, les juifs, on n\u2019aurait aucune excuse, on \u00e9tait juif et ce n\u2019\u00e9tait pas pardonnable. On n\u2019avait pas le droit \u00e0 la col\u00e8re, pas le droit aux larmes, pas le droit \u00e0 la peine, pas le droit \u00e0 la d\u00e9tresse, pas le droit \u00e0 la joie non plus, pas le droit \u00e0 un autre sentiment que celui de la culpabilit\u00e9. Chacune de nos \u00e9motions serait ind\u00e9cente.<\/p>\n<p align=\"justify\">On finirait le cerveau cram\u00e9, on finirait par vouloir crever, on en voudrait m\u00eame \u00e0 nos parents de nous avoir l\u00e9gu\u00e9 leur jud\u00e9it\u00e9 et qu\u2019est-ce qu\u2019on faisait encore dans ce monde, alors qu\u2019on \u00e9tait ha\u00efs \u00e0 ce point\u00a0?<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 \u00c7a va\u00a0? a demand\u00e9 Julie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je suis retourn\u00e9e dans le caf\u00e9 o\u00f9 la discussion continuait. J\u2019ai hoch\u00e9 de la t\u00eate, m\u00eame si \u00e7a n\u2019allait pas. J\u2019ai recommenc\u00e9 \u00e0 \u00e9couter ce qui se disait\u00a0; il est plus agr\u00e9able de d\u00e9primer ensemble que tout seul. L\u00e9a a bu une gorg\u00e9e de sa boisson et elle a murmur\u00e9 d\u2019une voix faible\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 M\u00eame les amis issus des minorit\u00e9s nous ha\u00efssent. Alors qu\u2019ils devraient savoir ce que \u00e7a fait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je n\u2019ai pas r\u00e9pondu parce que je n\u2019avais pas envie de la blesser. Mais Th\u00e9o, qui a moins de tact, a rican\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 Parce que c\u2019est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la majorit\u00e9, la haine\u00a0?<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u00e9a n\u2019a rien r\u00e9pondu et il a poursuivi\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout le monde hait tout le monde. La haine c\u2019est le sentiment le plus unanime, celui qu\u2019on retrouve chez tous les hommes, chez les minoritaires et les majoritaires, chez les riches et les pauvres, les profonds et les superficiels, les jeunes et les vieux\u00a0; c\u2019est le sentiment qui nous rapproche tous, qui touche chaque \u00eatre humain, qui ne fait aucune distinction entre les nationalit\u00e9s, les sexes, les couleurs de peau et les religions.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il a conclu d\u2019un ton moqueur\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 La haine, c\u2019est ce qui nous rassemble.<\/p>\n<p align=\"justify\">Julie a \u00e9clat\u00e9 de rire. Elle a dit\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 C\u2019est vrai que \u00e7a rapproche de ha\u00efr, on devrait se ha\u00efr plus souvent.<\/p>\n<p align=\"justify\">Noam a rench\u00e9ri\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 Hais ton prochain comme toi-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">M\u00eame L\u00e9a s\u2019est pr\u00eat\u00e9e au jeu\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2012 Le racisme est un humanisme\u00a0!<\/p>\n<p align=\"justify\">On a sorti plein de b\u00eatises du genre et on n\u2019arr\u00eatait pas de rire parce qu\u2019on \u00e9tait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais je sentais bien que, sous le rire, la col\u00e8re montait et que \u00e7a ne s\u2019arr\u00eaterait pas. Qu\u2019on exploserait t\u00f4t ou tard, que le militantisme ne deviendrait pas seulement un moyen de lutter mais un moyen d\u2019exister, de dire que non, ce ne sera pas notre monde, qu\u2019on avait le droit de vivre, qu\u2019on avait le droit d\u2019\u00eatre respect\u00e9s et que, si on n\u2019avait pas la voix qui portait suffisamment, si on n\u2019arrivait pas \u00e0 crier notre peine, si elle restait coinc\u00e9e dans notre gorge sans que personne ne nous aide \u00e0 la lib\u00e9rer ni ne s\u2019efforce de l\u2019entendre, on agirait quand m\u00eame. Tant pis si ce n\u2019\u00e9tait que du bricolage et que, dans le fond, \u00e7a ne changeait rien \u00e0 la situation. Le bricolage avait son utilit\u00e9, c\u2019\u00e9tait affirmer aux haineux qu\u2019on avait pas peur, qu\u2019il y avait des choses qu\u2019on acceptait pas, et je crois qu\u2019\u00e0 vingt et un ans on a pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge d\u2019\u00eatre indiff\u00e9rents.<\/p>\n<p align=\"justify\">Avec Noam, Th\u00e9o, Julie et L\u00e9a, on rejoindrait les groupes militants juifs, ceux qui luttaient contre la mont\u00e9e des haines en France et pour la paix au Proche-Orient.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans un premier temps, on collerait la photographie des otages isra\u00e9liens dans les rues de Paris. Elles seraient vite arrach\u00e9es, elles montraient des enfants kidnapp\u00e9s et pas des animaux disparus comme le voulait la mode de l\u2019\u00e9poque. On collerait \u00e9galement des affiches contre l\u2019antis\u00e9mitisme et l\u2019islamophobie devant les universit\u00e9s qui ne tiendraient pas plus longtemps. On organiseraient des conf\u00e9rences que tr\u00e8s peu d\u2019associations accepteraient de relayer\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019antis\u00e9mitisme c\u2019est trop clivant en ce moment\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0on est apolitique, on ne peut pas parler d\u2019antis\u00e9mitisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00c7a va \u00e0 l\u2019encontre de nos valeurs \u00e9thiques et morales\u00a0\u00bb \u2026<\/p>\n<p align=\"justify\">[&#8230;]<\/p>\n<p align=\"justify\">Viendrait ensuit la nuit du 24 novembre\u00a0: on collerait des photographies de femmes isra\u00e9liennes et de femmes palestiniennes dans les rues de Paris, accompagn\u00e9es du slogan choc\u00a0: \u00ab\u00a0On vous croit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Le lendemain, on marcherait pour les femmes isra\u00e9liennes viol\u00e9es, tortur\u00e9es et tu\u00e9es par le Hamas, celles que les f\u00e9ministes avaient oubli\u00e9es dans leur lutte parce que les s\u0153urs juives sont d\u2019abord des juives avant d\u2019\u00eatre des s\u0153urs. Au bout d\u2019une heure \u00e0 peine, on serait d\u00e9gag\u00e9es de la marche pour notre s\u00e9curit\u00e9, des gens voudraient nous agresser.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je serais d\u00e9pit\u00e9e, humili\u00e9e, j\u2019aurais mal au c\u0153ur qu\u2019on ait pas le courage d\u2019avancer, quitte \u00e0 se faire tabasser, parce qu\u2019il est des moments o\u00f9 les coups sont plus supportables que le silence. Je regarderais, d\u00e9\u00e7ue, ces femmes plus \u00e2g\u00e9es que moi se r\u00e9signer, l\u00e2cher leurs pancartes et quitter la marche. Je n\u2019aurais pas de compassion pour elles, pire, je leur en voudrais, j\u2019aurais honte de ma communaut\u00e9 qui n\u2019arrive pas \u00e0 hurler, qui ne comprenait pas qu\u2019une vie silencieuse, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une mort et qu\u2019on n\u2019a pas le droit de laisser des gens nous chasser, m\u00eame le temps d\u2019une marche.<\/p>\n<p align=\"justify\">Enfin, c\u2019\u00e9tait des mamans et peut-\u00eatre qu\u2019elles voyaient les choses diff\u00e9remment. J\u2019aurais surtout honte de moi, de les juger autant.<\/p>\n<p align=\"justify\">Avec Julie, on rejoindrait le cort\u00e8ge de femmes palestiniennes \u2013 le second cort\u00e8ge dont on se sentait le plus proche. On photographierait des femmes qui elles aussi pleuraient leurs morts et un homme nous crierait dessus\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; Vous \u00eates les complices d\u2019un g\u00e9nocides, vous n\u2019avez rien \u00e0 faire ici\u00a0! D\u00e9gagez esp\u00e8ce de nazies\u00a0!<\/p>\n<p align=\"justify\">Moi, je tremblerais. Julie brandirait les poings pour se donner du courage.<\/p>\n<p align=\"justify\">Puis il y aurait cette femme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous, son drapeau palestinien sur les \u00e9paules, les traits tir\u00e9s par la tristesse, avec sur son dos un poids qui \u00e9tait aussi le n\u00f4tre, une souffrance qui nous \u00e9tait commune. Elle se retournerait vers Julie et moi, le regard charg\u00e9 de tendresse. Elle fixerait l\u2019homme, lui crierait des insultes. La femme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle en crierait \u00e0 son tour. Et les autres femmes crieraient aussi. Elles seraient en tout une dizaine \u00e0 crier, et leurs cris r\u00e9sonneraient, et ils s\u2019\u00e9l\u00e8veraient de plus en plus fort, tellement fort qu\u2019ils feraient taire cet homme, qu\u2019ils nous envelopperaient, Julie et moi, qu\u2019ils nous donneraient du courage et de la force, qu\u2019ils nous donneraient l\u2019espoir, pour le Proche-Orient, pour la France, mais aussi pour le monde en g\u00e9n\u00e9ral, et au milieu de ces femmes aux couleurs palestiniennes on crierait aussi, on insulterait cet homme qui n\u2019avait rien compris. Et je ne savais pas qu\u2019en criant des insultes on pouvait autant appeler \u00e0 la paix.<\/p>\n<p align=\"justify\">On irait plus tard, en janvier, au rassemblement de la paix. Il aurait lieu en m\u00eame temps dans plusieurs villes du monde, avec des militantes isra\u00e9liennes et palestiniennes, pour demander un cessez-le-feu imm\u00e9diat et le retour des otages. Certains \u00e9tudiants nous critiqueraient\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est pour les privil\u00e9gi\u00e9es la paix. Pour vous, les juifs\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Outre leur antis\u00e9mitisme, ils ne connaissaient pas grand-chose de la guerre. Ils ne savaient pas ce que c\u2019\u00e9tait d\u2019avoir des proches qui mourraient, d\u2019avoir une partie de son monde qui s\u2019\u00e9croulait, une partie de sa vie d\u00e9truite. Ils n\u2019avaient jamais eu \u00e0 lire la liste des soldats d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, avec le ventre qui se serre, en esp\u00e9rant qu\u2019aucun nom ne leur soit familier. Ils ne comprenaient pas que la pais \u00e9tait un cri d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, que c\u2019\u00e9tait vouloir en finir avec la souffrance. Dans leur grande solidarit\u00e9 avec les Palestiniens, ils en oublieraient que les Gazaouis \u00e9taient surtout de vraies personnes qui crevaient sous les bombes. Ils avaient tellement de recul et de bons sentiments qu\u2019ils disaient qu\u2019\u00eatre pour deux populations, pour deux \u00c9tats, c\u2019\u00e9tait trop faible\u00a0; se contenter de la paix, c\u2019\u00e9tait se contenter \u00ab\u00a0des miettes\u00a0\u00bb. Et c\u2019\u00e9tait dr\u00f4le, cette immense empathie qui ressemblait fortement \u00e0 de la haine.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au rassemblement, on ne serait pas nombreuses, mais tant pis, il faut commencer avec un petit peu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je photographierais des femmes serr\u00e9es les unes contre les autres, tenant \u00e0 la main des panneaux en anglais, fran\u00e7ais, h\u00e9breu et arabe\u00a0: \u00ab\u00a0Paix\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<i>Shalom<\/i>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<i>Salam<\/i>\u00a0\u00bb, Justice, Respect, Humanit\u00e9. Une femme palestinienne t\u00e9moignerait, je serais saisie par ses paroles et j\u2019en oublierais de la photographier.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je la raconte ici, les photos on peut les prendre \u00e0 l\u2019\u00e9crit.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mme Ghadir Hani se tenait droite, parlait d\u2019une voix forte, d\u2019une voix tellement assur\u00e9e que m\u00eame moi je n\u2019osais plus douter\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; Le jour du 7 octobre, il est grav\u00e9 dans nos m\u00e9moires comme un jour de malheur et de catastrophe. Quand je me suis r\u00e9veill\u00e9e le matin, quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 comprendre ce qui se passait, j\u2019ai appel\u00e9 mes amies juives dans les villages en bordure de Gaza. Au m\u00eame moment, j\u2019ai re\u00e7u des dizaines de messages d\u2019amis palestiniens qui me demandaient si nos partenaires pour la paix allaient bien, s\u2019ils \u00e9taient en s\u00e9curit\u00e9. Puis on a appris que notre amis Vivian Silver avait \u00e9t\u00e9 sauvagement assassin\u00e9e dans sa maison, dans cette maison qui a accueilli tant de militants pour la paix. Celle qui nous servait d\u2019exemple a \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">Sa voix a flanch\u00e9 un peu, mais elle a continu\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; Comment croire en la paix apr\u00e8s de tels actes\u00a0? Ce qui s\u2019est pass\u00e9 a tu\u00e9 l\u2019espoir et le peu de convictions qui nous restait. Comment croire en la paix apr\u00e8s ces trois mois de guerre\u00a0? Comment croire en l\u2019humain apr\u00e8s des dizaines de milliers de victimes\u00a0? La situation \u00e0 Gaza me brise le coeur. Vingt-six mille personnes assassin\u00e9es, dont dis-sept mille femmes et enfants. Soixante-dix pourcent de b\u00e2timents d\u00e9truits. Que feront tous ces orphelins\u00a0? Comment vont-ils survivre tous ces mois d\u2019hiver\u00a0? Comment surmonteront-ils la faim, la soif, les \u00e9pid\u00e9mies, le froid, le d\u00e9sespoir et les traumatismes\u00a0? Le 7 octobre a d\u00e9clench\u00e9 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de peuples traumatis\u00e9s \u2026<\/p>\n<p align=\"justify\">A cette phrase, j\u2019ai fr\u00e9mi. Elle parlait de ma g\u00e9n\u00e9ration et je m\u2019identifiais.<\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; Mais moi, je refuse de capituler. Je refuse de tomber dans le pi\u00e8ge du d\u00e9sespoir et de la haine. M\u00eame si je suis la derni\u00e8re \u00e0 rester, je continuerai de croire en la paix. Je ne suis pas seule, je repr\u00e9sente de nombreuses personnes en Isra\u00ebl et en Palestine. Seule la paix m\u00e8nera \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 \u2026 Aujourd\u2019hui, nos c\u0153urs sont inquiets. Pour Noa Argamani, dont la m\u00e8re qui agonise d\u2019un cancer prie de voir revenir sa fille avant de mourir. Pour Musa Abu Khaled, onze ans, parti chercher une bouteille d\u2019eau pour ses fr\u00e8res et s\u0153urs, et qui en rentrant chez lui a d\u00e9couvert que tous avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s par une bombe.<\/p>\n<p align=\"justify\">Nous n\u2019avons pas besoin d\u2019un soutien aveugle et unilat\u00e9ral. Nous avons besoin d\u2019empathie. De l\u2019empathie pour l\u2019autre et pas seulement pour notre camp.<\/p>\n<p align=\"justify\">Car aucun d\u2019entre nous n\u2019a d\u2019autre pays.<\/p>\n<p align=\"justify\">A ces mots, la foule a applaudi et j\u2019ai fondu en larmes. Quelle phrase terrible. Les Palestiniens et les Isra\u00e9liens, on luttaient pour nos vies. On oublie trop souvent la vie derri\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\">Une rabbin isra\u00e9lienne prierait pour la paix, dans trois langues diff\u00e9rentes, pour maximiser ses chances aupr\u00e8s de Dieu. Ou pour l\u2019universalit\u00e9. Je crois qu\u2019il y avait un peu des deux. Puis une femme supplierait\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes des m\u00e8res. Des m\u00e8res endeuill\u00e9s. Pensez aux m\u00e8res. Je le crie \u00e0 nos dirigeants, pensez aux m\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais elle aurait beau crier, les dirigeants n\u2019\u00e9couteraient personne. Et \u00e7a me mettrait un coup au moral, qu\u2019on se fiche \u00e0 ce point des m\u00e8res.<\/p>\n<p align=\"justify\">Enfin \u2026 Aujourd\u2019hui nous \u00e9tions le 7 octobre et au caf\u00e9, avec Julie, Noam, Th\u00e9o, et L\u00e9a, on ne pensait pas aux m\u00e8res, on ne pensait qu\u2019\u00e0 nous-m\u00eames. On riait du monde haineux qui nous attendait parce que c\u2019\u00e9tait notre seule arme de d\u00e9fense face \u00e0 ce qui \u00e9tait trop grand pour nous. Puis les gar\u00e7ons et Julia ont d\u00fb partir et ils nous ont salu\u00e9es, L\u00e9a et moi, en nous faisant des doigts d\u2019honneur\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; On vous hait\u00a0! Ils ont dit.<\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; On vous hait aussi\u00a0! On a r\u00e9pondu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Et on a ri parce qu\u2019on s\u2019aimait bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"justify\"><em>Shabbat noir,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"justify\"><em>de Lisa Hazan<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"justify\"><em>chez Equateurs Roman, 19\u20ac<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"justify\"><em>ao\u00fbt 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette s\u00e9rie continue avec un extrait de \u00ab Shabbat noir \u00bb, le premier roman de Lisa Hazan. \u00ab Shabbat noir \u00bb, c\u2019est 24h dans la vie d\u2019une \u00e9tudiante franco-isra\u00e9lienne \u00e0 Paris. Une journ\u00e9e du 7 octobre parsem\u00e9es de r\u00e9flexions vives, les siennes et celles de ses proches. Vous pourrez lire ici, le chapitre 5 du<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/?p=572\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0Isra\u00ebl\/Palestine, choisir son camp? #2 \u2014  Shabbat noir\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":19344,"featured_media":575,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"activitypub_content_warning":"","activitypub_content_visibility":"","activitypub_max_image_attachments":4,"activitypub_interaction_policy_quote":"anyone","activitypub_status":"federated","footnotes":""},"categories":[1,15],"tags":[71,86,81,72],"class_list":["post-572","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-general","category-race-racisme-colonialisme","tag-antisemitisme","tag-choisir-son-camp","tag-israel","tag-palestine","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19344"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=572"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/572\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":690,"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/572\/revisions\/690"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/575"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}