{"id":393,"date":"2023-11-12T01:48:34","date_gmt":"2023-11-12T00:48:34","guid":{"rendered":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/?p=393"},"modified":"2024-07-25T18:22:16","modified_gmt":"2024-07-25T16:22:16","slug":"comment-parler-des-livres-que-lon-a-pas-lu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/?p=393","title":{"rendered":"Comment parler des livres que l&rsquo;on a pas lu, de Pierre Bayard"},"content":{"rendered":"<p align=\"left\">Encore un livre sur la culture, cette fois-ci la culture litt\u00e9raire. Un livre qui questionne la limite a priori \u00e9vidente entre \u2018avoir lu\u2019 et \u2018n\u2019avoir pas lu\u2019. Est ce qu\u2019on peut parler avec justesse des livres qu\u2019on a pas lu ? L&rsquo;auteur, Pierre Bayard, r\u00e9pond oui. Et il sait de quoi il parle. Il est professeur d\u2019universit\u00e9 en litt\u00e9rature. Et ne lit que tr\u00e8s peu. Ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas d\u2019avoir une large culture litt\u00e9raire. De parler de livres qu\u2019il a parcouru. De livres dont il a entendu parler. De livres qu\u2019il a oubli\u00e9. Et m\u00eame de livre qu\u2019il ne conna\u00eet pas du tout. Le propos de Bayard est de dire que culture litt\u00e9raire et lecture n\u2019ont pas grand-chose en commun. Et comme ce n\u2019est pas du tout une \u00e9vidence, il a \u00e9crit un livre sur le sujet.<\/p>\n<p align=\"left\">Le livre se d\u00e9coupe en trois parties. Et j\u2019ai envie de vous coller ici le sommaire, parce que m\u00eame si vous n\u2019avez pas le livre sous les yeux, il vous en dira beaucoup sur son contenu.<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"left\">\u00ab\u00a0PROLOGUE<\/p>\n<p align=\"left\">DES MANIERES DE NE PAS LIRE<\/p>\n<p align=\"left\">I) Les livres que l\u2019on ne conna\u00eet pas<\/p>\n<p align=\"left\">II) les livres que l\u2019on a parcourus<\/p>\n<p align=\"left\">III) Les livres dont on a entendu parler<\/p>\n<p align=\"left\">IV) Les livres que l\u2019on a oubli\u00e9<\/p>\n<p align=\"left\">DES SITUATIONS DE DISCOURS<\/p>\n<p align=\"left\">I) Dans la vie mondaine<\/p>\n<p align=\"left\">II) Face \u00e0 un professeur<\/p>\n<p align=\"left\">III) Devant l\u2019\u00e9crivain<\/p>\n<p align=\"left\">IV) Avec l\u2019\u00eatre aim\u00e9<\/p>\n<p align=\"left\">DES CONDUITES A TENIR<\/p>\n<p align=\"left\">I) Ne pas avoir honte<\/p>\n<p align=\"left\">II) Imposer ses id\u00e9es<\/p>\n<p align=\"left\">III) Inventer des livres<\/p>\n<p align=\"left\">IV) Parler de soi<\/p>\n<p align=\"left\">EPILOGUE \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p align=\"left\">Voil\u00e0 un sommaire plut\u00f4t clair. Il donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 lui seul. Dans le livre, dans ses mots eux-m\u00eames, Pierre Bayard est plut\u00f4t clair. Une ou deux id\u00e9es par chapitre. Chacune illustr\u00e9e par un exemple. R\u00e9sum\u00e9e \u00e0 la fin du chapitre en quelques paragraphes succincts. Sa structure est simple. Si ce livre est une m\u00e9thode pour le non-lecteur, il est aussi facile de le parcourir en diagonale. Moi, j\u2019ai lu et relu la premi\u00e8re partie avec d\u00e9lectation, avant de m\u2019aventurer au reste.<\/p>\n<p align=\"left\">Je ne sais pas vous, mais moi, \u00e7a m\u2019arrive tout le temps de commencer un livre sans le terminer. Si le livre me transcende, je n\u2019ai aucune envie qu\u2019il se finisse. Si le livre m\u2019ennuie ou me d\u00e9becte, je n\u2019ai aucune envie de le finir. Et ma biblioth\u00e8que est pleine de livres inachev\u00e9s. Sur ma table de nuit, une pile de livres \u00e0-moiti\u00e9-lus attendent que je les lise. Terminerais-je un jour \u00ab\u00a0R\u00eaver l\u2019obscure\u00a0\u00bb de Starhawk, \u00ab\u00a0A propos d\u2019amour\u00a0\u00bb de bell hooks ou \u00ab\u00a0le d\u00e9sert de la critique\u00a0\u00bb de Renaud Garcia\u00a0? Je ne crois pas. Mais \u00e7a ne m\u2019emp\u00eache pas de parler d\u2019eux de temps \u00e0 autre. Avant de lire Pierre Bayard je ne disais pas \u00ab\u00a0j\u2019ai lu \u00e0 moiti\u00e9 ce livre\u00a0\u00bb. Ou alors pour dire que je l\u2019avais trouv\u00e9 d\u00e9testable. A vrai dire, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit des r\u00e9sum\u00e9s de livres que je n\u2019avais pas lu en entier. Parfois sans dire qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une lecture inachev\u00e9e. Mais il se pourrait bien que j\u2019assume un peu plus \u00e0 l\u2019avenir de ne pas finir les livres.<\/p>\n<p align=\"left\">Je vais essayer de donner du livre de Bayard une \u00ab vue d\u2019ensemble \u00bb. C\u2019est l\u2019expression phare de \u00ab\u00a0comment parler des livres que l\u2019on a pas lu\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"left\">\u00ab\u00a0la culture est d\u2019abord une affaire d\u2019orientation. \u00catre cultiv\u00e9 ce n\u2019est pas avoir lu tel ou tel livre, c\u2019est savoir se rep\u00e9rer dans leur ensemble, donc savoir qu\u2019ils forment un ensemble\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p align=\"left\">\u00catre cultiv\u00e9 ce serait ne pas avoir lu tant que \u00e7a. Bayard ose \u00e9crire que ceux qui ont la culture litt\u00e9raire la plus large sont des gens qui n\u2019ont pas beaucoup lu. Pas de livres de bout en bout en tout cas. Parce qu\u2019avoir une vu d\u2019ensemble ce n\u2019est pas compatible avec la connaissance des entrailles d\u2019un livre. Car la lecture de bout en bout s\u2019appesantit sur les d\u00e9tails, et d\u00e9laisse la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9. Cette vue d\u2019ensemble, on peut la choper en lisant le sommaire, en survolant le livre, en \u00e9coutant d\u2019autres en parler\u2026 Mais la lecture exhaustive d\u2019une \u0153uvre n\u2019est d\u2019aucune utilit\u00e9 pour la culture litt\u00e9raire. C\u2019est ce que pr\u00e9tend Bayard. On peut parler des sp\u00e9cificit\u00e9s d\u2019un ouvrage sans l\u2019avoir lu enti\u00e8rement. On peut comparer les ouvrages, les trier, les relier sans les avoir lu enti\u00e8rement. Alors, \u00e0 quoi bon lire ? D\u2019un point de vu purement utilitariste, lire serait contre-productif :<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"left\">\u00ab Celui qui met le nez dans les livres est perdu pour la culture et m\u00eame pour la lecture. Car il y a syst\u00e9matiquement un choix \u00e0 faire, de par le nombre de livres existants, entre cette vue g\u00e9n\u00e9rale et chaque livre, et toute lecture est une perte d\u2019\u00e9nergie dans la tentative difficile et co\u00fbteuse en temps, pour ma\u00eetriser l\u2019ensemble.<\/p>\n<p align=\"left\">La sagesse de cette position tient d\u2019abord \u00e0 l\u2019importance qu\u2019elle accorde \u00e0 l\u2019id\u00e9e de totalit\u00e9, en sugg\u00e9rant que la v\u00e9ritable culture doit tendre \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9 et ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 l\u2019accumulation de connaissances ponctuelles. Et la qu\u00eate de cette totalit\u00e9 par ailleurs \u00e0 porter un regard diff\u00e9rent sur chaque livre, en d\u00e9passant son individualit\u00e9 pour s\u2019int\u00e9resser aux rapports qu\u2019il entretient avec les autres\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p align=\"left\">Les rapport qu\u2019un livre entretient avec les autres\u2026 Voil\u00e0 qui me ram\u00e8ne \u00e0 la description de la comp\u00e9tence artistique par Bourdieu et Darbel\u00a0: mettre en lien les \u0153uvres d\u2019art les unes entre elles. Pierre Bayard parle de \u00ab\u00a0biblioth\u00e8que collective\u00a0\u00bb pour parler de la la carte mentale de la litt\u00e9rature qu\u2019on a en partage.<\/p>\n<p align=\"left\">Par \u00ab biblioth\u00e8que collective \u00bb, entendez plut\u00f4t \u00ab bourgeoise \u00bb. Chez Bayard, il n\u2019y a pas de rapport de classe \u00e0 la litt\u00e9rature. Et \u00e7a manque cruellement \u00e0 l\u2019analyse. Il est psychanalyste (pour de vrai) et privil\u00e9gie l\u2019analyse du rapport psychique au rapport social. Quand il parle de \u00ab biblioth\u00e8que collective \u00bb il n\u2019\u00e9voque pas le fait qu\u2019il puisse y avoir, selon les milieux sociaux, des \u00ab biblioth\u00e8ques collectives \u00bb diff\u00e9rentes. Il envisage des diff\u00e9rences selon la \u00ab culture \u00bb sans plus pr\u00e9ciser ce qu\u2019il entend par l\u00e0.<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"left\">\u00ab\u00a0La plupart des \u00e9changes sur un livre ne portent pas sur lui, malgr\u00e9 les apparences, mais sur un ensemble beaucoup plus large, qui est celui de tous les livres d\u00e9terminants sur lesquels se basent <i>une certaine culture<\/i> \u00e0 un moment donn\u00e9. C\u2019est cet ensemble, que j\u2019appellerai d\u00e9sormais biblioth\u00e8que collective, qui compte v\u00e9ritablement, car c\u2019est sa ma\u00eetrise qui est en jeu dans les discours \u00e0 propos des livres\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p align=\"left\">Parler des livres. Se faire mousser pour avoir lu tel ou tel livre. C\u2019est bien une activit\u00e9 des classes intellectuelles sup\u00e9rieures. Classe \u00e0 laquelle appartient Bayard puisqu\u2019il est professeur d\u2019universit\u00e9. Alors une fois n\u2019est pas coutume, l\u2019auteur porte les \u0153ill\u00e8res de sa classe. Il g\u00e9n\u00e9ralise \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9 son milieu social. Et quand il nous parle de \u00ab\u00a0ne pas avoir honte\u00a0\u00bb de n\u2019avoir pas lu tel ou tel livre, il \u00e9vite encore la question de la classe. De qui parle-t-il quand il \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"left\">\u00ab\u00a0En parlant des livres, c\u2019est donc bien plus que des \u00e9l\u00e9ments \u00e9trangers de la culture que nous \u00e9changeons, ce sont <i>des parties de nous-m\u00eames <\/i>qui nous servent, dans les situations angoissantes de menace narcissique, \u00e0 assurer notre coh\u00e9rence int\u00e9rieure [\u2026] Ainsi conviendrait-il, pour parvenir \u00e0 parler sans honte des livres non lus, de <i>nous d\u00e9livrer de l\u2019image oppressante d\u2019une culture sans faille,<\/i> transmise et impos\u00e9e par la famille et les institutions scolaires, image avec laquelle nous essayons en vain toute notre vie de co\u00efncider\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p align=\"left\">Comme si s\u2019identifier \u00e0 des livres qu\u2019on a aim\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas un comportement de la classe sup\u00e9rieure. Comme si tout le monde \u00e9tait pareillement opprim\u00e9 par cette culture livresque. Comme si se d\u00e9livrer de cette culture oppressante \u00e9tait une affaire purement individuelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"left\">\u00ab\u00a0Car la v\u00e9rit\u00e9 destin\u00e9e aux autres importe moins que la v\u00e9rit\u00e9 de soi, accessible <i>seulement \u00e0 celui qui se lib\u00e8re de l\u2019exigence contraignante de para\u00eetre cultiv\u00e9<\/i>, qui nous tyrannise int\u00e9rieurement et nous emp\u00eache d\u2019\u00eatre nous-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p align=\"left\">Vous voil\u00e0 avertis. L\u2019objectif bien lib\u00e9ral de Bayard est de se lib\u00e9rer de la tyrannie de l\u2019exigence de para\u00eetre cultiv\u00e9. Pas de la mettre \u00e0 mal. Mais de s\u2019en extirper. Ce livre est donc un manuel adress\u00e9 \u00e0 des individus, qui chacun dans leur coin cherchent des outils pour esquiver les exigences culturelles des classes sup\u00e9rieures. Il va jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9tendre qu\u2019on ne risque absolument rien \u00e0 laisse tomber les masques.<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"left\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a donc <i>aucune raison, \u00e0 condition d\u2019en trouver le courage<\/i>, de ne pas dire franchement que l\u2019on a pas lu tel ou tel livre, ni de s\u2019abstenir de s\u2019exprimer \u00e0 son sujet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p align=\"left\">Bayard conclu ainsi un chapitre dans lequel il raconte l\u2019histoire d\u2019un professeur de litt\u00e9rature anglaise qui aurait perdu son poste apr\u00e8s avoir avou\u00e9 n\u2019avoir jamais lu Hamlet. N\u2019y a-t-il vraiment rien \u00e0 perdre \u00e0 se montrer non cultiv\u00e9 ? Il vient lui-m\u00eame de prouver le contraire. \u0152ill\u00e8re, quand tu nous tiens\u2026<\/p>\n<p align=\"left\">Tenir la non-lecture secr\u00e8te. Ne pas avouer ses faiblesses culturelles. Ce n\u2019est pas simplement manquer de courage. C\u2019est souvent s\u2019\u00e9pargner la violence sociale de classe.<\/p>\n<p align=\"left\">On pourra me dire que j\u2019en fait des tartines sur la classe dans cette chronique. C\u2019est s\u00fbrement parce que je n\u2019en reviens pas de lire un livre qui pr\u00e9tend d\u00e9construire la lecture et qui jamais n\u2019\u00e9pelle le mot de \u00ab\u00a0classe\u00a0\u00bb. La d\u00e9construction et l\u2019analyse mat\u00e9rialiste ne sont pas si copines que \u00e7a \u2026<\/p>\n<p align=\"left\">Au lieu d\u2019assumer qu\u2019il n\u2019ont pas lu un livre, les gens cultiv\u00e9s parlent des livres qu\u2019ils n\u2019ont pas lu. Comme s\u2019ils les avaient lu. Et ils font \u00e7a tout le temps. Il fait bon citer Proust chez les gens cultiv\u00e9s. Pierre Bayard est sp\u00e9cialiste de Proust. Il vous le dira\u00a0: la majorit\u00e9 de ceux qui parlent de Proust ne l\u2019ont pas lu. Une exemple\u00a0? Dans son \u00e9loge \u00e0 Proust, Paul Val\u00e9ry donne une d\u00e9finition du roman. D\u00e9finition qui convient selon Pierre Bayard pour l\u2019essentiel des romans. Mais, manque de bol pour Val\u00e9ry, pas pour les romans de Proust. Il a voulu briller. Et il brillera par son analyse aupr\u00e8s de ceux qui n\u2019ont pas lu Proust. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a. Devant l\u2019esbroufe dont font preuve les \u00ab\u00a0gens cultiv\u00e9s\u00a0\u00bb, rappelez-vous que ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils parlent d\u2019un livre avec assurance, qu\u2019ils ont lu ce livre.<\/p>\n<p align=\"left\">Je n\u2019ai pas lu Proust. \u00c7a ne m\u2019emp\u00eache pas, devant une odeur ou un go\u00fbt qui m\u2019\u00e9voque un souvenir d\u2019enfance, de parler de \u00ab\u00a0Madeleine de Proust\u00a0\u00bb. Pourquoi se priver d\u2019une expression si d\u00e9licieuse\u00a0? Apr\u00e8s, vous ne me verrez pas \u00e9crire une \u00e9loge \u00e0 Proust. Je manque de culot j\u2019imagine. Briller pour la connaissance qu\u2019on n\u2019a pas vraiment, et passer pour cultiv\u00e9, c\u2019est surtout une question de culot semble-t-il.<\/p>\n<p align=\"left\">C\u2019est quoi le rapport avec la d\u00e9construction\u00a0? Et bien avec ce livre on est en plein dedans. Pour Bayard, la non-lecture n\u2019est pas le contraire de la lecture. La non-lecture serait le lot de tout lecteur. Lire de travers, lire en diagonale, sauter des pages, lire la fiche wikipedia \u2026 La non-lecture ce serait lire, mais lire \u2018pas comme il faut\u2019. Un comportement qu\u2019en fait tout lecteur a devant un livre, mais \u00e7a fait mauvais genre de l\u2019avouer. Parce que lire un livre, ce serait le lire de bout en bout, sans sauter une page. Ce qu\u2019offre Pierre Bayard, c\u2019est donc la d\u00e9construction du concept de lecture. Et \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 toute l\u2019\u00e9lite culturelle s\u2019alarme de voir la jeunesse lire de moins en moins de livres, je dois dire que \u00e7a fait du bien de se poser pour se demander \u00ab\u00a0mais d\u00e9j\u00e0, c\u2019est quoi \u00ab\u00a0lire\u00a0\u00bb un livre\u00a0?\u00a0\u00bb. Et la d\u00e9finition est moins facile qu\u2019il n\u2019y para\u00eet.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00ab\u00a0Comment parler des livres que l\u2019on a pas lu\u00a0?\u00a0\u00bb n\u2019est pas le premier \u00e0 questionner la lecture. Mais ce n\u2019est pas comme si cette r\u00e9flexion avait pass\u00e9 les murs de de l\u2019universit\u00e9. Jusqu\u2019ici on tient \u00e0 la distinction claire entre lecture et non-lecture. Jusqu\u2019ici les enqu\u00eates sociologiques vous demandent \u00ab\u00a0combien de livres avez-vous lu ces douze derniers mois\u00a0\u00bb, et ils s\u2019imaginent que \u00e7a refl\u00e8te votre activit\u00e9 de lecture et par extension votre culture litt\u00e9raire. Il y a les \u2018grands lecteurs\u2019, les \u2018faibles lecteurs\u2019 et les \u2018non-lecteurs\u2019. Le genre de cat\u00e9gorie bien pratique pour la statistique mais qui ne refl\u00e8te pas du tout nos vies. D\u00e9j\u00e0 c\u2019est quoi un livre qui vaut la peine d\u2019\u00eatre cit\u00e9\u00a0? Et puis c\u2019est quoi lire un livre\u00a0? Essayez de r\u00e9pondre \u00e0 \u00e7a \u2026 Alors savoir combien de livres on a lu ces douze derniers mois, non, \u00e7a n\u2019a rien d\u2019\u00e9vident. Pierre Bayard, lui, balaye cette distinction entre lecture et non-lecture. Est \u00e7a ouvre \u00e0 plein de r\u00e9flexions autrement plus subtiles. On peut trouver \u00e7a bien perch\u00e9 sur certains bout. Il s\u2019\u00e9coute r\u00e9guli\u00e8rement parler et part \u00e0 la recherche d\u2019analyses subversives sans se demander s\u2019il est vraiment int\u00e9ressant de nous en faire part. Mais dans l\u2019ensemble. C\u2019est un chouette livre.<\/p>\n<p align=\"left\">Parce qu\u2019il se lit bien. Se relit bien. Se survole bien. Mais aussi parce que si t\u2019es toi-m\u00eame un lecteur assidu, il te parle de trucs que t\u2019as d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 sans vraiment les analyser. Il t\u2019ouvre plein de pistes de r\u00e9flexion sur des sujets qui sont plut\u00f4t des impens\u00e9s. Et balaye pas mal d\u2019a priori qui te semblaient \u00e9vidents. Un livre sur la lecture, \u00e7a a quelque chose de m\u00e9ta. Du genre, tu lis chaque chapitre en te sentant plus intelligent. \u00c7a te donne envie de t\u2019affirmer. De t\u2019exprimer m\u00eame sur des sujets que tu ne ma\u00eetrises pas. De prendre des livres \u00e0 parti pour illustrer tes opinions. De faire dire tout et n\u2019importe quoi \u00e0 un bouquin si \u00e7a peut t\u2019\u00eatre utile dans une conversation. D&rsquo;oublier les livres pour mieux les r\u00e9\u00e9crire \u00e0 ta sauce.<\/p>\n<p align=\"left\">On est dans une culture o\u00f9 citer un livre est une argument d\u2019autorit\u00e9. Pourquoi laisser \u00e7a \u00e0 ceux qui ma\u00eetrisent la litt\u00e9rature mieux que toi ? Pourquoi ne pas d\u00e9sacraliser la culture litt\u00e9raire pour en faire un terrain de jeu, de bluff, de th\u00e9\u00e2tre. \u00ab Comment parler des livres que l\u2019on a pas lu ? \u00bb : en faisant comme-si. Y aller au culot. Et au passage se foutre de la gueule des gens qui te prennent de haut. Ce livre n\u2019a absolument rien de r\u00e9volutionnaire. Mais il est subversif en cela qu\u2019il propose d\u2019arr\u00eater de se conformer \u00e0 la morale litt\u00e9raire dominante. Et \u00e7a vaut ce que \u00e7a vaut.<\/p>\n<p align=\"left\">Si tu tra\u00eenes dans un milieu qui tient en haute estime la culture litt\u00e9raire, alors ce livre peut s\u2019av\u00e9rer \u00eatre une sorte de manuel de survie. Une description claire de comment devenir cultiv\u00e9. Un kit pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9masqu\u00e9 comme pas assez cultiv\u00e9. Un manuel de l\u2019esbroufe en milieu intellectuel. \u00ab\u00a0Le B.A.-BA du transfuge de classe\u00a0\u00bb. \u00c7a aurait fait un bon sous-titre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Encore un livre sur la culture, cette fois-ci la culture litt\u00e9raire. Un livre qui questionne la limite a priori \u00e9vidente entre \u2018avoir lu\u2019 et \u2018n\u2019avoir pas lu\u2019. Est ce qu\u2019on peut parler avec justesse des livres qu\u2019on a pas lu ? L&rsquo;auteur, Pierre Bayard, r\u00e9pond oui. Et il sait de quoi il parle. 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