{"id":24,"date":"2023-08-09T20:33:23","date_gmt":"2023-08-09T18:33:23","guid":{"rendered":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/?p=24"},"modified":"2024-07-25T18:25:28","modified_gmt":"2024-07-25T16:25:28","slug":"les-pedales-et-leurs-ami-es-entre-les-revolutions-chronique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/valleedeslarmes.noblogs.org\/?p=24","title":{"rendered":"Les p\u00e9dales et leurs ami-es entre les r\u00e9volutions, de Larry Mitchell"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Je me sens inspir\u00e9 par ces r\u00e9cits sorciers qui ont conscience d\u2019\u00eatre des r\u00e9cits, contrairement aux grands r\u00e9cits dominants, aveugles aux syst\u00e8mes d\u2019oppression qu\u2019ils v\u00e9hiculent. J\u2019aime la lumi\u00e8re que diffuse la pr\u00e9sence f\u00e9erique dans les recoins et obscurit\u00e9s de nos \u00e2mes. J\u2019aime sa pr\u00e9sence cach\u00e9e, discr\u00e8te et puissante. Elle m\u2019aide \u00e0 trouver ma place\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"justify\">Postface d\u2019Adel Tincelin<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019aurais pu l\u2019\u00e9crire. Oui, moi aussi, j\u2019ai besoin de ces r\u00e9cits f\u00e9eriques. Je ne suis pas croyant, je ne suis pas du tout port\u00e9 sur l\u2019\u00e9sot\u00e9risme New Age. Pourtant il me faut bien nourrir des r\u00eaves. Mon imaginaire enviable, je le trouve dans de pr\u00e9cieux r\u00e9cits autant po\u00e9tiques que philosophiques. Il ne s\u2019agit pas d\u2019y croire, il s\u2019agit de les laisser me porter. Les contes de Terremer me portent depuis un an. Les Gu\u00e9rill\u00e8res depuis trois ans. Je n\u2019ai pas l\u2019optimisme ni la jovialit\u00e9 d\u2019Adel Tincelin, alors il me faut des phares pour m\u2019\u00e9clairer de jour comme de nuit. Malgr\u00e9 ce qui nous s\u00e9pare lui et moi, ce genre de r\u00e9cit me fait sentir tr\u00e8s proche de lui. Il nous rapproche en un lieu f\u00e9erique o\u00f9 son utopisme et mon d\u00e9faitisme coexistent de fa\u00e7on \u00e9vidente. Un pass\u00e9 fantasm\u00e9 auquel se raccrocher pour continuer de lutter. C\u2019est le genre de complicit\u00e9 dont je r\u00eave qu\u2019elle remplace l\u2019atomisation de nos individualit\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019auteur, Larry Mitchell, a voulu \u00e9crire un conte pour enfants. C\u2019est un conte, certes, mais pas particuli\u00e8rement pour enfants. Un conte de f\u00e9es, de reines et de p\u00e9dales, parut en 1977 aux USA. Mitchell l\u2019a \u00e9crit en deux parties.<\/p>\n<p align=\"justify\">La premi\u00e8re est mythologique. C\u2019est l\u2019histoire de la naissance des p\u00e9dales, des hommes tordus, des reines, des f\u00e9es. L\u2019histoire de leur traque par les hommes, et de leurs alliances entre elles. Comment d\u00e9jouent-elles les pi\u00e8ges des hommes\u00a0? A quoi occupent-elles leurs existences\u00a0? Quels secrets partagent-elles avec les femmes fortes et avec les femmes qui aiment les femmes\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0La version des p\u00e9dales<\/p>\n<p align=\"justify\">Tous les hommes pourraient \u00eatre p\u00e9dales ou ami-es de p\u00e9dales. Ils l\u2019ont \u00e9t\u00e9 autrefois. Le souvenir t\u00e9nu du temps o\u00f9 les p\u00e9dales et leurs ami-es \u00e9taient libres subsiste encore. Le souvenir survit dans les os des p\u00e9dales. Le souvenir surgit la nuit quand les os sont le plus silencieux. Dans le noir, les p\u00e9dales se souviennent qu\u2019elles vivaient autrefois en harmonie les unes avec les autres et en harmonie avec le monde. Elles adoraient les femmes qui aiment les femmes et les femmes qui aiment les femmes adoraient les p\u00e9dales. Soudainement, bizarrement, certaines p\u00e9dales ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9prouver une mal-a-dit. Elles ont commenc\u00e9 par couper les arbres qui prot\u00e9geaient les autres p\u00e9dales du vent et de la pluie. Puis elles ont br\u00fbl\u00e9 la terre qui nourrissait les autres p\u00e9dales. Elles ont tu\u00e9 les jeunes animaux et les ont mang\u00e9s. Elles ont commenc\u00e9 \u00e0 asservir les femmes, toutes les femmes. A mesure que la mal-a-dit avan\u00e7ait, elles ont arr\u00eat\u00e9 de toucher les autres p\u00e9dales. A cet instant m\u00eame, elles sont devenues des hommes et ont attaqu\u00e9 les femmes qui aiment les femmes et qui ne se doutaient de rien. Les effusions de sang et la d\u00e9vastation ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les os des p\u00e9dales et ont commenc\u00e9 \u00e0 effacer le souvenir de l\u2019harmonie. Les femmes qui aiment les femmes et les p\u00e9dales \u00e9taient les seules \u00e0 conna\u00eetre le rem\u00e8de \u00e0 la mal-a-dit des hommes. Mais les hommes ne voulaient pas \u00eatre gu\u00e9ris. [\u2026] La nuit, lorsqu\u2019elles sont invisibles, les p\u00e9dales se souviennent de la libert\u00e9. Elles s\u2019\u00e9changent ce fluide magique de leur queues et caressent leurs os fatigu\u00e9s par d\u00e9fi et en m\u00e9moire du temps pass\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"justify\">Page 38<\/p>\n<p align=\"justify\">Les personnages du conte sont clich\u00e9s. Mais ils sont d\u00e9peints avec une belle bienveillance, qui sait \u00eatre autant douce que piquante. On comprend que ces groupes se fr\u00e9quentent et se soutiennent dans un monde domin\u00e9 par les hommes sans couleurs. Leurs r\u00e9voltes, leurs m\u00e9saventures, sont touchantes. Parce qu\u2019elles n\u2019abandonnent pas. Qu\u2019elles sont \u00e0 la fois faibles et fortes. Elles donnent tout, puis se trouvent des zones de r\u00e9pit o\u00f9 se reposer \u00e0 l\u2019abri. Elles attendent la nuit pour sortir, pour tapiner ou baiser. Mitchell nous offre un conte anticapitaliste et anti-patriarcal. Un doux po\u00e8me \u00e9pique, qui m\u2019a rapidement fait penser aux Gu\u00e9rill\u00e8res de Wittig.<\/p>\n<p align=\"justify\">La deuxi\u00e8me partie est faite d\u2019une multitude de petites histoires individuelles et collectives. Elles ont lieu dans un espace-temps proche du n\u00f4tre, on ne sait trop quand ni o\u00f9. Lilas, Pomme de Pin, Rayon de Lune, Tomate offerte, Primerose, Bleu Celeste, Jonquille et Grive des Bois se cherchent, se trouvent elles-m\u00eames, en trouver d\u2019autres comme elles, forment des groupes (le Clan des fils de la Rel\u00e8ve, le clan des p\u00e9d\u00e9s comme un phoque, le clan des Sans-Nom). Elles s\u2019attachent les unes aux autres, se pr\u00eatent main forte jusqu\u2019\u00e0 risquer la clandestinit\u00e9. Mais qu\u2019est-ce que risquer la clandestinit\u00e9 quand la loi des hommes ne veut de toute fa\u00e7on pas de nous\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Le Clan Sans-Nom vit dans une maison discr\u00e8te, en retrait de la rue, \u00e0 l\u2019ombre des grands et massifs \u00e9pic\u00e9as. Personne dans la communaut\u00e9 ne parle d\u2019elles ni de ce qu\u2019elles font, mais tout le monde leur parle. Elles m\u00e8nent des vies tranquilles, apparemment d\u00e9centes, assises \u00e0 la maison devant de grands m\u00e9tiers \u00e0 tisser des \u00e9toffes et des tapisseries. Elles \u00e9tudient les manuels \u00e9sot\u00e9riques, les cartes anciennes, la calligraphie et les syst\u00e8mes bancaires.<\/p>\n<p align=\"justify\">En public, l\u2019identit\u00e9 exacte du clan reste volontairement vague. Elles essaient d\u2019\u00eatre pr\u00e9sentes dans la communaut\u00e9, mais sans se faire remarquer car elles ne sont qu\u2019un maillon d\u2019un vaste r\u00e9seau fait de celleux qui ont fui les hommes. Pour ce faire elles ont besoin d\u2019une communaut\u00e9 dans laquelle se fondre et, aux yeux des hommes, rien ne ressemble plus \u00e0 une p\u00e9dale qu\u2019une autre p\u00e9dale\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"justify\">Page 122<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c7a y est, j\u2019ai dit \u00ab nous \u00bb, ce mot que je manie rarement. Je l\u2019ai senti au fond de moi : cette histoire est aussi la mienne. Ces d\u00e9boires et ces joies-l\u00e0 ont \u00e9t\u00e9 et seront demain les miennes. Il faut avouer que les livres qui parlent de moi, je n\u2019en connais pas des tonnes. J\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 en extase devant les Gu\u00e9rill\u00e8res de Wittig, parce qu\u2019elle inventait une histoire lesbienne \u00e0 laquelle me raccrocher. Elle aussi parlait \u00e0 mon c\u0153ur. Les contes de Terremer d\u2019Ursula Le Guin parlent \u00e0 mon c\u0153ur parce que je me reconnais dans les m\u00e9saventures de Ged. Les plumes de ces deux autrices sont justes fantastiques. Dans un genre bien moins po\u00e9tique, subtil b\u00e9ton parle de moi \u00e9galement. Et puis \u00e0 peu pr\u00e8s tout. \u00c7a fait quatre livres maintenant. Alors ce bouquin-l\u00e0, je ne vais pas le l\u00e2cher. C\u2019est comme un doudou qui r\u00e9conforte. L\u2019histoire est d\u00e9cousue. Il se relit d\u2019autant bien par bribes. Quelques pages devraient suffire \u00e0 me mettre du baume au c\u0153ur.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019\u00e9cris ces lignes depuis la gare de Lum\u00e9ville. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 ici quelque chose comme une p\u00e9dale qui touche le fond. Il y a longtemps.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si toi aussi tu es une p\u00e9dale d\u00e9pressive, j\u2019ai un rem\u00e8de pour toi\u00a0: cours lire \u00ab\u00a0les p\u00e9dales et leurs ami-es entre les r\u00e9volutions\u00a0\u00bb\u00a0! C\u2019est du baume au c\u0153ur\u00a0! Il soufflera un vente d\u2019air chaud sur ta m\u00e9lancolie. En tant qu\u2019ex-p\u00e9dale-d\u00e9pressive je te le dis\u00a0: il faut faire passer ce bouquin entre les mains de toutes les p\u00e9dales d\u00e9prim\u00e9es d\u2019hier et de demain, ainsi qu\u2019\u00e0 leurs ami-es fana de Monig Wittig et Ursula le Guin. Je sais, \u00e7a fait du monde\u00a0! Mais je suis dans une phase euphorique, ne me cassez pas mon trip\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"center\"><a href=\"https:\/\/www.editionsducommun.org\/collections\/all\/products\/les-pedales-et-leurs-ami-es-entre-les-revolutions\">Les p\u00e9dales et leurs ami-es entre les r\u00e9volutions<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: right\">de Larry Mitchell et Ned Asta<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Traduction de l\u2019\u00e9tasunien par Paul Chenuet et Adel Tincelin<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">\u00e9ditions du commun, \u00e9ditions des Grillages<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">2023, 18\u20ac, 160 pages<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Je me sens inspir\u00e9 par ces r\u00e9cits sorciers qui ont conscience d\u2019\u00eatre des r\u00e9cits, contrairement aux grands r\u00e9cits dominants, aveugles aux syst\u00e8mes d\u2019oppression qu\u2019ils v\u00e9hiculent. J\u2019aime la lumi\u00e8re que diffuse la pr\u00e9sence f\u00e9erique dans les recoins et obscurit\u00e9s de nos \u00e2mes. J\u2019aime sa pr\u00e9sence cach\u00e9e, discr\u00e8te et puissante. 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